Une histoire du bled

Samedi 29 avril 2006

Située au Nord-Ouest de la Tunisie (36°11Nord et 8°43Est), à 175 km, à l’ouest de Tunis et à 40 km à l’est des frontières algériennes, se trouve une ville nommé le Kef.  L’homo sapien, a séjourné dans la même région. En effet, la présence, à proximité, du plus vieux site archéologique tunisien à Sidi Zin, dans la vallée de Oued Mellègue, laisse penser que la région du Kef fut l'une des premières occupées par l’homme préhistorique. 

 Revenons au Kef, citadelle punique, la ville sera connue tout au long de l'antiquité sous le nom de SICCA VENERIA. Elle fut  dénommée CIRTA NOVA et devient la capitale de la nouvelle province de la Numidie proconsulaire ( l'Africa Nova ). Ce n'est qu'au XVIe siècle que la ville prit son nom actuel " EL KEF " ou le KEF. Bien qu'elle ait subit d'importantes destructions en 1756, causées par les conflits internes ( entre partisans de Hussein Ben Ali et partisans d'Ali pacha ), ou par les guerres entre les Beys d'Algérie (ces algériens ! nos chers voisins, que dieu les pardonnent, ;-) ), la ville renaît de nouveau vers la fin du siècle avec Hammouda pacha : restauration des remparts et agrandissement de la Kasba qui fut construite en 1600 par les Ottmans. Sous l'occupation française , le Kef fut le chef lieu de la 3e région après avoir été promue 3e municipalité de la régence ( 8 juillet 1884 ).

 Le Kef tire son nom du rocher sur lequel est élevée la vieille ville, ceux qui l’ont visité ne risquent pas d’oublier ses hauteurs vertigineux et son vent du nord.  Force est de remarquer en se promenant dans les ruelles de cette ville le bon voisinage des édifices chrétiens, juifs et islamiques. En somme, cette ville qui figure derrière la carte postale de la Tunisie touristique, est la ville du brassage des civilisations et des cultures par excellence, car au cœur de la Médina s’élèvent majestueusement la Kasbah turque, la basilique romaine et la synagogue israélite.

 Le mausolée de Sidi Boumakhlouf (un des marabouts de la région) dont le cachet est des plus authentiques, avec son minaret et son architecture particulière, est aujourd’hui, le symbole religieux du Kef. Quand vous êtes devant la mosquée, levez la tête, la Kasbah turque la domine d’en haut, la basilique romaine est à ses pied ;-). L'été, Keffois et Keffoises se réunissent (réunissaient) sur la terrasse du café Sidi Boumakhlouf, chicha (Narguilé), Café turque et thé à la menthe, Malouf, musique classique orientale ou cocktail tunisien. Pour moi ça reste l'endroit et l'ambiance les  plus magiques de la ville. Aujourd’hui, les keffois préfèrent aller se promener sur l’autre rive, qu’ils ont surnommé, avec humour « la corniche », en faisant allusion aux chemins qui longent les plages dans les villes touristiques tunisiennes. La corniche du Kef, manque de plage et de touristes, mais toujours surpeuplée, bruyante et les fonds sonores n’ont rien à voir avec le Malouf et la musique orientale classique de sidiboumakhlouf.

Revenons à la mosquée, entourée de Diar Arbi, dans des petites ruelles, les maisons traditionnelles de nos grands parents, où j’ai connu les odeurs les plus palpitantes, la simplicité, la générosité et l’humour des keffois, c’est un quartier qui est chargé, pour moi et ma famille, d’histoire et d’émotions.

La kasbah qui domine la ville, la mosquée et la basilique a été rénovée. L’été c’est un lieu de meeting et de fêtes, on y organise « le festival de sidiboumakhlouf ». Les keffois et plus particulièrement les keffoises profitent de cette occasion pour s’aérer. La ville ne dispose pas de lieux de loisir autres que cafés et bars (réservés exclusivement aux hommes), quelques projections de film dans la maison des jeunes (la seule salle de cinéma a fermé ses portes depuis des années) et des manifestations culturelles très occasionnelles. Et dire que  la ville fût un pôle culturel qui a formé les artistes les plus renommés… Où sont donc passé l’engouement pour la culture et la flamme artistique des keffois ? une chose est sure ils, elles n’ont pas perdu leur sens de l’humour (la preuve !)

 Non loin de là, à la place Sidi Cheikh Ali-Ben Aïssa, s’élève le musée des arts et traditions du Kef. Il est érigé sur le site d’une ancienne zaouia rahmania, du nom d’une confrérie d’origine marocaine établie en Tunisie au 18e siècle. Il est composé de 11 salles dont chacune restitue un aspect de l’histoire de toute la région du Nord-Ouest.

 La basilique, qui a subi plusieurs opérations de réhabilitation et de lifting aussi , est située entre Sidi Boumakhlouf et la Kasbah. Elle est, de temps à autre, exploitée pour l’organisation de conférences ou de manifestations culturelles, comme la fête du Bourzguène.

Au fait, si vous êtes de passage au mois de mai ne ratez pas l'occasion de goûter à un plat succulent spécialité keffoise. Le Bourzguéne : un couscous (sans sauce tomate) à base de viande d'agneau, dates et fruits secs Hummm!  accompagné avec du lait ou Lben (une sorte de lait fermenté..). Chaque année au mois de mai, les Keffoises et Keffois disent adieu au printemps et se préparent à la période des moissons. Un événement que l’on célèbre dans la joie, tellement il a des significations positives et le plat est très bon :-

Allez visiter le coin si vous êtes intéressé par les richesses de cette ville et de la région. D’ailleurs, un projet de valorisation des sites archéologiques a été lancé, on imagine sans doute une démarche de tourisme culturel, derrière ce projet.  Pourvu que ce projet se concrétise et contribuera au relancement de la ville.

 Dernière chose, c’est en observant à chaque retour la dégradation de la vie culturelle et le niveau social et économique de la ville que je me suis replongé dans  l’historique et les souvenirs, une sorte de ressource « identitaire » et « affectives », une fuite, peut être, en attendant des jours meilleurs.

Pour plus d’infos :

Au coeur de la Tunisie numide : Le Kef

Hommage à Sica Vennier

Par Dadddou
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